Saavutettavuustyökalut

Uutinen 31.3.2004

Quelle identité choisir dans l’Europe?

La Finlande est de plusieurs façons un pays européen différent. C’est pourquoi elle peut ajouter quelque chose d’original à la polyphonie des cultures européennes.

L’Europe profonde ne coïncide pas avec l’Europe économique. La Finlande n’est pas devenue européenne en s’adhérant à l’Union européenne en 1994. Elle l’est depuis 1155, dès le moment de la première croisade en Finlande.

Mais Le Finlandais a toujours ressenti la différence entre sa propre Europe et celle des Méridionaux.

Le Finlandais a toujours intuitivement compris qu’il appartient à l’autre Europe, à celle qui n’a pas participé aux croisades, qui n’a pas connu dans l’immédiat l’esprit de la Renaissance. Il n’appartient pas à l’Europe des aventures coloniales. Le Finlandais a compris intuitivement qu’il n’a jamais appartenu à l’Europe hégémonique historique. Le Finlandais a même exagéré un peu sa non-appartenance à l’Europe, car son histoire moderne nationale et son identité moderne finnoise remontent en partie seulement aux années soixante du dix-neuvième siècle où était crée l’industrie du bois finlandaise, où une nouvelle législation libérale a pu se développer et où la culture finnoise moderne a son point de départ.

Une nouvelle carte culturelle

On peut proposer – sous la forme d’une métaphore – une nouvelle carte culturelle de l’Europe qui n’ a rien à voir avec la réalité géographique. L’Europe culturelle a son coeur non loin de Strasbourg et de Bruxelles, dans l’Europe latine et méridionale. Cette région de l’Europe est quasiment le ”continent” de l’Europe culturelle: elle va de la Méditerranée jusqu’à la partie occidentale de l’Allemagne réputée pour la qualité de ses vins et pour la culture de ses roses.

Pour cette carte européenne métaphorique et fantastique, mais pourtant vraie, il n’y a pas seulement de continent européen, mais aussi une ”zone côtière” européenne. C’est l’Allemagne du nord et de l’est, c’est la Scandinavie, c’est la Finlande. Le lien avec le présent européen y est fort, mais le passé européen n’est pas pour cette ”zone côtière” aussi riche et varié que pour le continent, pour le coeur de l’Europe.

Dans cette géographie fantastique il y a sur le large européen des îles qui se rapprochent de la côte: c’est l’Europe intermédiaire, les pays baltes par exemple, dont les liens avec le coeur de l’Europe sont forts, mais dont l’évolution politique, sociale et économique n’a pas été la même que sur la ”zone côtière”. Encore plus loin sur le large européen il y a des îlots solitaires européens – tout ce qui dans la tradition de l’Europe de l’est incarne la culture européenne.

Quelle image de la Finlande?

Avant l’entrée de la Finlande à l’Union européenne l’image que les Français se faisait de ce pays nordique avait souvent une dimension pittoresque et folklorique. La Finlande faisait naître dans l’imaginaire des Français des associations d’idée exotiques sur les Sames, sur les rennes, sur les ours polaires et sur les fjords.

Ces idées exotisantes déformaient la vérité sur la géographie et le climat, sur la politique étrangère et intérieure, sur l’industrie et la culture du pays. La nouvelle coopération internationale et européenne et la présence de la Finlande sur la scène européenne a rendu la Finlande plus accessible aux Français.

Arthur de Gobineau a parlé au milieu du dix-neuvième siècle dans son ouvrage tristement célèbre sur ”l’inégalité des races” aussi des Finnois. Il entend par le mot ”finnois” l’existence d’une ancienne race jaune qui aurait laissé des traces dans l’anthropologie européenne et dans les populations occidentales. Cette race jaune supposée aurait parlé le finnois ou le préfinnois et les Finlandais actuels seraient des ”métisses” entre les anciens Finnois et les populations indo-européennes de l’Europe du nord.

De Gobineau a fait son étude, hélas, pour prouver la supériorité de la race aryenne et indo-européenne par rapport aux Sémites et aux Finnois. La race finnoise était pour lui l’exemple d’une race non créatrice. Selon lui, l’influence néfaste finnoise se fait sentir jusqu’aux pommettes saillantes, au nez retroussé et aux yeux bridés des Bretons. De Gobineau écrit à propos des Finnois et de leur influence chez les figures dessinées sur les pièces d’argent celtes :”Je citerai une médaille d’or, dont la face porte une figure marquée du type le plus laid, le plus vulgaire, le plus commun, et dans lequel l’influence finnique est impossible à méconnaître. Nos rues et nos boutiques sont remplies aujourd’hui de ce genre de physionomies.”

De Gobineau n’était pas sans influence dans la France du tournant du siècle, et quelques-unes de ses idées ont imprégné l’information des encyclopédies françaises sur les Finnois. D’autres sources d’information aussi suspectes font allusion aux rapports qui auraient existé entre Attila, les Huns et les anciens Finnois. Ces fausses informations – ainsi que le nom déformé de la capitale finlandaise en France – Helsinsky – n’étaient pas faites pour faciliter le rôle de celui qui voulait expliquer aux Français que la Finlande est un pays occidental.

M. Tarmo Kunnas, professeur de l’Université de Jyväskylä, est l’ancien directeur de l’Institut finlandais à Paris.

Seuraa meitä